Je revins.
Depuis sa triple victoire juridique et le départ des Salic, ma mère me semblait plus proche, plus attentive, presque reconnaissante. Elle tempérait ses sautes d?humeur, se montrait rassurante et confiante.
Elle proposa de m'emmener à la Fête des Confréries, qui se tenait traditionnellement à cette époque dans la forêt de Germina. Je n'étais jamais allé à cette grande foire, à ce gigantesque parc d?attractions estival, craignant le bruit, l'excitation, les mouvements de foule. Mais la perspective de voir des brunes et des bruns, sous la protection maternelle, m'encouragea. Et ce serait une occasion de démontrer à ma mère la réussite de ma convalescence, un retour total à la normale.
Je réussis à me dominer sans difficulté, malgré les piétinements dans la queue, la canicule, les rires gras et les battements binaires de la musique techno dans les haut-parleurs. Le clignotement des guirlandes de lampes multicolores dans la maison des horreurs m'arracha un sourire. Ma mère me demanda si je me sentais d?assise pour faire le Grand Huit. Je compris à son regard qu?il s'agissait d?un test et répondis par une pirouette : « je serai d?assise si je reste assis ». Elle fut rassurée. Nous attendîmes dans la foule tandis que la machine baptisée « El Jaguar » feulait avec une régularité mécanique digne d?un RER sans air et félinisé. Le Jaguar était tapi, attendant son chargement de proies humaines et ses tigrous abandonnés. Il rugit, s'étira et s'élança. Il accéléra, défila de plus en plus vite, dans les cris d'effrois des enfants sans défense, des cris parfois proches du rire tant la vitesse déformait ces appels hystériques. Je gardai mon calme. Nous abordions la boucle, les entrailles serrées, le ventre aspiré par la gravité. Je regardai ma mère. Ses yeux fermés formaient des soleils craintifs, alors que nous nous renversions, que le Jaguar engloutissait le ciel et, d'un coup de rein puissant, dirigeait son ire rugissante vers la terre. Ce fut à ce moment, la tête assaillie de sang, que je la vis, au loin, me souriant. Ce fut bref et imprécis, mais ce fut elle, éternelle, Fanny.
Elle cria. Le Jaguar poursuivait sa course effrénée. Il se rétablit avec souplesse, m'écarta de Fanny, la confondit et la conjugua à ma mère, puis me plaqua contre Marguerite. Elle avait bien calculé.
Je compris.
Depuis sa triple victoire juridique et le départ des Salic, ma mère me semblait plus proche, plus attentive, presque reconnaissante. Elle tempérait ses sautes d?humeur, se montrait rassurante et confiante.
Elle proposa de m'emmener à la Fête des Confréries, qui se tenait traditionnellement à cette époque dans la forêt de Germina. Je n'étais jamais allé à cette grande foire, à ce gigantesque parc d?attractions estival, craignant le bruit, l'excitation, les mouvements de foule. Mais la perspective de voir des brunes et des bruns, sous la protection maternelle, m'encouragea. Et ce serait une occasion de démontrer à ma mère la réussite de ma convalescence, un retour total à la normale.
Je réussis à me dominer sans difficulté, malgré les piétinements dans la queue, la canicule, les rires gras et les battements binaires de la musique techno dans les haut-parleurs. Le clignotement des guirlandes de lampes multicolores dans la maison des horreurs m'arracha un sourire. Ma mère me demanda si je me sentais d?assise pour faire le Grand Huit. Je compris à son regard qu?il s'agissait d?un test et répondis par une pirouette : « je serai d?assise si je reste assis ». Elle fut rassurée. Nous attendîmes dans la foule tandis que la machine baptisée « El Jaguar » feulait avec une régularité mécanique digne d?un RER sans air et félinisé. Le Jaguar était tapi, attendant son chargement de proies humaines et ses tigrous abandonnés. Il rugit, s'étira et s'élança. Il accéléra, défila de plus en plus vite, dans les cris d'effrois des enfants sans défense, des cris parfois proches du rire tant la vitesse déformait ces appels hystériques. Je gardai mon calme. Nous abordions la boucle, les entrailles serrées, le ventre aspiré par la gravité. Je regardai ma mère. Ses yeux fermés formaient des soleils craintifs, alors que nous nous renversions, que le Jaguar engloutissait le ciel et, d'un coup de rein puissant, dirigeait son ire rugissante vers la terre. Ce fut à ce moment, la tête assaillie de sang, que je la vis, au loin, me souriant. Ce fut bref et imprécis, mais ce fut elle, éternelle, Fanny.
Elle cria. Le Jaguar poursuivait sa course effrénée. Il se rétablit avec souplesse, m'écarta de Fanny, la confondit et la conjugua à ma mère, puis me plaqua contre Marguerite. Elle avait bien calculé.
Je compris.


