du coquetel

du coquetel
Le cocktail bilatéral n'a rien de commun avec le multilatéral. Ni dans sa composition, ni dans sa localisation, ni dans sa mission.
Le cocktail bilatéral est festif, apéritif, transitif. Il vise à établir des rencontres et des échanges entre personnalités locales de professions diverses, hôtes, et délégations venant de la capitale. Il comprend généralement un mélange étudié de politiciens, de sommités du monde culturel, d'hommes d'affaires et, il faut bien le reconnaître de "usual suspects" transmis de génération en génération, car sachant distraire dans notre propre langue. S'y ajoutent obligatoirement, selon la dominante du pays d'accréditation, des religieux en tenue, des maréchaux chamarrés, un artiste peintre maudit et un romancier en état d'ivresse dès son arrivée. Un cleptomane peut égayer la soirée. Le journaliste est recommandé, si possible accompagné d'un photographe qui permettra de prouver le lendemain matin à des collègues meurtris combien notre pays est décidément indépassable. La répartition par sexe est sensiblement identique à la moyenne mondiale. L'événement se déroule chez la puissante invitante, appelée communément "résidence", qui permet là encore, grâce à un patrimoine immobilier soigneusement entretenu avec un goût inimitable, de mettre en valeur sa culture, son histoire et ses réalisations architecturales, bref de démontrer la supériorité naturelle de notre pays. Dans certains pays, le "coquetel", terme utilisé uniquement par l'Académie de Gaspésie, est très proche d'un dîner-buffet voire d'un dîner de gala. Il est alors appelé en anglais "cocktail prolongé". L'invité connaît son heure d'arrivée mais jamais celle d'un départ qui peut s'étaler selon les usages entre 2 et 4 heures du matin. Une précision s'impose enfin : contrairement à une légende tenace, il n'y a jamais de chocolat Rocher dans un cocktail bilatéral.
On peut en trouver dans un cocktail multilatéral, comme on peut trouver, selon les sponsors, saucisses grillées, fondue espagnole, roquefort norvégien, omelette nigérienne, ou échantillons de parfums. Car le cocktail multilatéral est souvent organisé avec l'aide du conseiller commercial, ou encore mieux de conseillers commerciaux de divers pays. Dans ce dernier cas, l'opération se traduit par une concurrence effrénée sur le rayon des vins et spiritueux, forçant le délégué à naviguer de stands en stand entre vins californiens, australiens, sud africains, turcs et chiliens. Il constatera alors avec effroi pour sa dignité nationale combien dans chacun de ces pays, les millésimes remontent à la naissance de Bacchus et, dans l'impossibilité de discriminer, gouttera le tout.
Le cocktail multilatéral est fonctionnel, professionnel et impersonnel. Il est interchangeable. Il vise à occuper la soirée des délégués à une rencontre internationale, à une convention ou à un séminaire. Il les force à se côtoyer, à se présenter et à poursuivre, de façon officiellement décontractée, discussions et négociations. Il est masculin ou asexué. Il n'entraîne surtout aucun contact avec la population locale, si ce n'est par l'intermédiaire de serveurs peu stylés mais eux aussi "taggués". Car tout le monde est "taggué" dans un cocktail multilatéral, c'est-à-dire que chacun n'existe que par l'étiquette collée, accrochée ou épinglée sur son revers, où figurent généralement nom, prénom, nationalité, profession et autres indications utiles pour faciliter la prise de connaissance. La réception se déroule dans un salon de grand hôtel, de superficie similaire, de décoration semblable, avec un éclairage toujours légèrement surexposé et des tentures rouges. Les tapis sont moelleux mais synthétiques.
Pour autant, le cocktail multilatéral n'est pas toujours superficiel, comme la légèreté de cette introduction, contredite par la suite, pourrait le laisser penser. À l'occasion, ces réceptions permettent des rencontres tout à fait étonnantes et imprévues.

XXX

Cela aurait donc pu être n'importe où. C'était dans un continent très lointain, mais dans un grand hôtel très proche. La Convention était vraiment internationale et réunissait des représentants de 56 pays, accompagnés de journalistes et de membres d'organisations non gouvernementales. Le sujet était politiquement sensible et les enjeux économiques et écologiques très lourds pour certains pays. Il y avait dans chaque délégation experts, incompétents ou parlementaires. C'était le premier soir, après une journée particulièrement chargée de séances de travail et une seule séance plénière, qui n'avait pas permis à tous de s'exprimer. Les étiquettes étaient donc opportunes.

Coupant respectueusement la foule compacte des délégués, ils s'avançaient comme un vieux couple. Lui, distingué et élégant, d'un port et d'une démarche qui révélaient immédiatement le compatriote à un Français. Le visage un peu fatigué, avec une ébauche de calvitie séante et des lunettes de Lord britannique, il donnait le bras à une grande dame digne, au teint d'anglaise confirmé par ces yeux bleu clair particuliers outre-manche. Il avait l'air las, elle semblait secrètement meurtrie mais volontaire. On aurait dit Philippe Noiret accompagnant Margaret Thatcher...
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# Posté le samedi 14 juillet 2007 00:24

HALT SUNT LI PUIS...

HALT SUNT LI PUIS...





HALT SUNT LI PUI
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# Posté le samedi 07 juillet 2007 13:08

...I TENEBRUS LI VALS

...I TENEBRUS LI VALS




I TENEBRUS LI VALS
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# Posté le samedi 07 juillet 2007 13:07

du parfum

du parfum
Heureusement, l'une des deux multinationales du luxe approchées manifesta un intérêt. Ce fut la deuxième et dernière réponse qu'il reçut : limpide, directe, invitant à un entretien avec la directrice des relations humaines. Il s'y prépara, testa les parfums, appris à différencier "Pavot" de "Chante Clare", " Cuir de Courlande" de " Numéro " (" Je ne suis pas un numéro, je suis une femme, une femme libre "), "Altruiste" de "J'adore", compara les chiffres d'affaire consolidés de chacune des filiales, appris les noms des grands couturiers et lut tous les magazines féminins. On était loin des alliances tactiques avec le "groupe Femmes" de la fac et encore plus de Louise Michel, qui continuait à se retourner dans sa tombe.
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# Posté le samedi 07 juillet 2007 13:00

de la perspective

de la perspective
...Au centre du troisième tableau se détache nettement un personnage vêtu de noir, le seul isolé dans la foule. La vendeuse moscovites de la rue Katchalova avait glissé à Monréal une confidence qui avait immédiatement décidé de l'acquisition :
C'était Pouchkine. Il est tout habillé de noir. Il est sombre, son chapeau cache un visage brun. Par habitude de dandy, il s'appuie légèrement sur une fine canne. Il traverse la Perspective, soucieux, et se prépare à sortir du tableau. Il pense à Natalia et au baron d'Anthès, au duel inéluctable. C'est bien le poète russe. D'ailleurs, deux tableaux plus loin, ne décèle-t-on pas un aventurier français enlaçant, sous prétexte de l'aider à descendre du tilbury partagé, une jeune femme russe s'abandonnant ?

...Comme vous le voyez, j'ai planté le décor, mais il est encore statique. Même le passé est pauvre. Tachons donc de l'enrichir.

Pouchkine s'approche. Il ne connaît pas la Perse, il ne connaîtra jamais Tabriz. Mais il connaît et apprécie le Caucase. Moments de plénitude dans son exil, havre de paix, source d'inspiration. Il écrit "le Prisonnier du Caucase". Il se sent attiré par l'Asie centrale, par les confluences entre mondes russes, perses, mongols et chinois. Il est très jeune. Et c'est alors qu'il écrit un récit, avant-gardiste dans sa présentation. Il ne l'achève pas, conscient de la polémique qu'il susciterait. Il a raison. Un an plus tard, "Lioudmilla et Rouslan", au style pourtant plus dépouillé, provoquera un déchaînement des "Anciens" contre "les Modernes".


Ce qui m'intéresse à ce stade n'est pas encore la mise en perspective, c'est davantage le contexte. La perspective viendra ensuite. Naturellement. Mon propos, c'est l'Orient et l'Occident, ce que l'on appelle souvent l'Est-Ouest.

Retournons en 1837. L'an passé a été marqué par le requiem de Berlioz, les deux Polonaises de Chopin, les années de pèlerinage de Liszt. Le jeune Félicien David est revenu de contrés lointaines et exotiques, s'installe à Saint Germain en Laye et compose ses "Mélodies Orientales" qui rencontrent un vif succès à Paris.
Voilà pour le passé, et le présent ? Il arrive toujours trop tôt. Pourtant?


Soucieux, le poète traverse la Perspective. Il ne remarque rien de l'agitation sur la Nevski. Il est plongé dans ses pensées. Il est habitué à ces alignements grandioses et à la rectitude d'un pavé fait pour les aveugles ou les tourmentés méditatifs. Il vient de recevoir une lettre anonyme, la seconde sur le même sujet. Il y est nommé "historiographe de l'ordre des cocus". On insinue qu'il doit les faveurs du tsar aux complaisances de sa femme Nathalie. Il est persuadé de connaître l'auteur de ces calomnies. Il ne peut s'agir que de l'ambassadeur des Pays-Bas, dont le fils adoptif, Georges d'Anthès poursuit Nathalie de ses assiduités y compris dans les salons.

Pouchkine, soucieux, traverse la Perspective Nevski.
Depuis le premier avertissement sérieux, le baron d'Anthès a pourtant épousé la propre s½ur de Nathalie, Catherine. C'est pour mieux se rapprocher de sa nouvelle belle s½ur dont l'attitude reste ambiguë. Il faut donc aller au duel.
Il hésite : poème ou nouvelle ? En tout cas pas de roman. Les éditeurs, dans leur sagesse, les refusent. Ce sera sur Saint Michel, et non sur Saint Georges. Car il n'a aucun doute. Ce duel avec Georges, il va le gagner. Au pire, il blesse légèrement son adversaire, est exilé au Caucase par son premier censeur, le tsar Nicolas faussement courroucé. Là-bas, il se repose, se refait une virginité de décabriste poursuivi par la vindicte autocratique et revient en héros adulé et en écrivain ressourcé. Réjoui par ces calculs, il passe devant l'élégante maison de la comtesse Strogonoff et manque de se faire asperger par l'arroseur public.

Mais tout cela n'est que perspective, pas encore la mise en perspective. Oui, attendez, la perspective est un tout, une globalité, elle se construit, il faut la mériter. Si vous êtes impatients, vous risquez le changement de perspective.

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# Posté le samedi 07 juillet 2007 12:52